30-04-2009
Tarapoto - Moyobamba (117 kms)
Ce matin, je reprends la route seul. Andres voyageant en bus, ira à présent plus rapidement que moi. Carlos et Daniel, les deux péruviens prennent une route différente de la mienne. L’Amazonie est derrière…
Un sourire en sortant de la ville quand je lis une affiche annonçant l’élection de miss « fil dentaire »…
Sinon, le début de la journée est assez monotone. Je longe une rivière pendant de nombreux kilomètres. Les villages sont pour la plupart de l’autre côté de la rive et en contrebas.
La journée est chaude et monte légèrement (je longe le rio qui va en sens inverse). Les paysages de rizières du début de la journée laissent place à des petites collines en début d’après-midi.
Je déjeune en bord de route et monte encore. Le temps se rafraichit et ce n’est pas pour me déplaire. En m’arrêtant pour un jus de fruit en bord de route, je retrouve un couple de motard qui m’avait salué plus bas. On commence à discuter et l’homme se montre étonné en me disant qu’il comprend ma langue??? Quand je lui explique que je parle sa langue, l’espagnol et non le français, il a comme…un grand moment de solitude.
Je reprends la route, casque sur les oreilles et fait défiler les kilomètres. La route se transforme parfois en chemin, mais en règle générale, les conditions sont bonnes. On est dimanche et j’assiste à des grands rassemblements dans chaque village que je traverse avec à peu près la même configuration: les hommes jouent au foot et les femmes, souvent en habits traditionnels et de petites tailles, jouent…au volley!
Les gens sont souriants, du coup je retrouve un sourire évanoui dans la monotonie du matin.
La fin de la journée est périlleuse. J’ai pris du retard dans mon objectif de rallier Moyobamba dans la journée et je me fais surprendre par la nuit.
Au départ, c’est formidable, le coucher du soleil est de toute beauté mais très vite, c’est la nuit noire. Une nouvelle fois, je navigue à la très faible lueur de la frontale. Je me fais peur de nombreuses fois du fait d’un fossé profond et prie pour que chaque voiture me dépasse sans encombres.
Enfin, les lueurs de Moyobamba, objectif atteint. Un gros souper, un lit pour la nuit et une mise au point…


[Aparté…
A partir de Moyobamba, il va me falloir faire une entorse à l’une des règles que j’avais réussi à tenir jusqu’ici…Prendre un bus!
C’est qu’il ne me reste plus suffisamment de temps pour rallier Lima afin d’être à l’aéroport le jour de mon vol vers la France…
Je décide donc de me rendre, en bus donc, jusque Chachapoyas où il m’apparait intéressant de faire un stop deux jours.
Ensuite, je prendrais de nouveau un bus pour Trujillo où je déposerais mon vélo et l’essentiel de mes affaires chez un mécano qui ouvre sa maison aux voyageurs à vélo.
Une dernière liaison jusque Lima et direction la France pour un petit mois.
… Mais avant cela la belle histoire de la cascade de Gocta…]
25-04-2009
Yurimaguas - Tarapoto (130 kms)
Je débute la journée fatigué, la faute à cette chaleur humide dès le matin.
En sortie de la ville, je monte et descends des petites collines. J’imagine qu’avant la nature avait la luxuriance de la forêt mais elle a aujourd’hui laissé place à des champs pour l’élevage. Il y a très peu de circulation et je ne croise que de rares moto taxis.
Je me suis arrêté près des seuls arbres vus depuis un moment et j’ai l’agréable surprise d’y observer des petits singes intrigués par ma présence.
Elle ne s’ouvre qu’en fin de journée pour laisser passer les quelques véhicules l’empruntant.
Le plat laisse place à de la petite montagne. Et dans une côte, on me hèle à savoir si je veux des fruits. Je fais la connaissance de Raul Sanchez Garcia et de sa voisine. Il m’offre un fruit de la forêt qui m’est totalement inconnu, l’ Humari. C’est plutôt savoureux. Il poussera même l’hospitalité à courir me chercher des papayes. Il me parle de ses projets d’ouvrir une guérite de fruits quand la route sera définitivement ouverte.
Avis aux futurs voyageurs, kilomètre 50, Raul, vendeur de fruit.
Il est environ 16h, le temps est au beau fixe, je ne demande qu’à continuer. Mais, il est catégorique impossible de passer. Je vais un peu m’énerver, lui expliquer que je ne pourrais arriver à Tarapoto autrement que dans la nuit s’il ne me laisse pas passer avant 18h.
J’essuie un nouveau refus avec l’ingénieur en chef. J’ai beau joué sur la corde collègue, entre ingénieur…Nada.
Résultat, Je dois prendre mon mal en patience. Je fais la connaissance d’une famille, elle m’offre de la chicha (boisson fermentée) et des vers de palmes à manger.
Enfin, c’est la descente, rapide et seulement éclairé de ma frontale. D’un des nombreux minibus qui me double s’échappe un cri: « Julien! »...C’est Carlos, il sera aussi à Tarapoto ce soir.



18-04-2009
Iquitos - Yurimaguas (Bateau, 3 jours)
Le port d’arrivée n’est pas le même que celui
de départ mais une similarité, l’anarchie.
J’arrive avec le vélo chargé et dois jouer au
funambule sur une planche de bois pour accéder au ferry/barge. Un déséquilibre
et je verserais dans la boue avec le vélo.
Finalement, je me fraye un chemin sans trop de
difficultés et discute le prix du voyage en soute de mon vélo et de l’attirail.
Et comme, on est au lendemain du carnaval, il y
a beaucoup de monde qui ont fait le même choix de voyager aujourd’hui.
Sur le premier pont, la vision est incroyable,
il y a des hamacs absolument partout. L’idée qu’ils ont eu je pense est de mettre
dans l’emplacement d’un hamac, trois de ceux-ci. Alors bien sur, ils sont
nombreux à avoir l’habitude de dormir de telle façon. Mais tout de même, l’organisation
est impressionnante.
Serrés comme des « piranhas »?
Les journées sont rythmées par l’appel de la
nourriture. Matin midi et soir, c’est le branle bas de combat. Le bateau sort
de sa torpeur et une file indienne se forme entre les hamacs.
Dans une main, son ticket, de l’autre la
gamelle ou le Tupperware. Pas trop de surprise, le menu est réglé sur riz et
poulet. Chacun de retour à son hamac mange consciencieusement et défile ensuite
aux lavabos remontant l’eau du fleuve, pour la vaisselle.
Je rencontre une professeure qui va d’école en école
en Amazonie, elle est particulièrement intéressante et se montre particulièrement
volubile quand il s’agit de parler de son pays.
En réalité, il vit plus au jour le jour,
aujourd’hui sur la route après avoir fait le rabatteur un temps à Cusco, son
fief.
Il me dit que le touriste est exigeant, on ne
peut pas lui mentir alors il va voir de lui-même les endroits qu’il pourra par
la suite renseigner pour les touristes. Il a le bagout du guide et on accroche
rapidement. Pendant le voyage, il va rencontrer un vendeur d’artisanat et va
lui proposer de vendre ses portes clés sur le bateau.
Je pense, sans venir de Marseille, que plus de
la moitié des voyageurs est reparti avec l’un d’entre eux. Le gouailleur réveille
d’un sourire les familles alanguies qui se laissent alors prendre à sa malice.
Aux plus anciens il promet le retour de la
jeunesse, aux jeunes, la réussite à l’école, aux hommes, les femmes…
Pour ma part, je vais partager la chambre la
plus économique de toute la ville avec Carlos. Les standards de confort ont désormais
une prise minime sur moi.
Dans ma tête cette idée fixe, demain je reprends le vélo. La dernière étape en Equateur me parait à des années lumières et j’ai des fourmis dans les jambes…
Iquitos (5 jours)
L’arrivée au port se fait dans une cacophonie
prodigieuse.
Les journaliers courent en tous sens. Le ballet
des bateaux est complètement anarchique.
Aussi, du fait de la situation particulière de
la ville (elle n’est connectée avec aucune autre par la route), les motos taxis
sont partout. Pas ou peu de voitures mais des légions de tricycles à moteur.
Enfin pour ce à quoi mon humble connaissance de
l’Asie me fait penser. Je ne serais pas étonner de voir surgir James Bond lancé
dans une course effrénée.
Au final, la réalité d‘Iquitos, c’est un
vacarme assourdissant.
On découvre le quotidien d’une famille pauvre
mais à la ville. Les égouts passent devant la porte et les enfants sont là
partout. Mais aussi et surtout des grands moments de fou rire quand j’observe
les deux derniers de la famille fabriquer des répliques de portables en terre
et les voir ensuite s’inventer une conversation des plus importantes.
De tout le concert de « techno
cumbia », je suis le seul étranger. Les yeux s’écarquillent sur mon
passage et les rires arrivent vite. Le premier qui me repère tire de la manche
d’un second et par réaction, je croise de nombreux regards, de rires et d’écarquillement.
Les 5 jours sont finalement rapidement passés
et après un weekend festif, décision est prise de rejoindre Yurimaguas en
ferry.
17-04-2009
Amazonie. Rocafuerte - Iquitos (8 jours)
Il est midi a Panacocha le quatrième jour, le
bateau est en vue et comme prévu fait un arrêt pour le déjeuner. Il est temps
pour Andres et moi de partir.
On salue généreusement un village qui nous
avait dès le début accepté avec bienveillance.
Je charge le vélo comme je peux du fait du
manque de place. Le bateau voyage à plein mais bientôt je trouve ma place après
m’être frayé un chemin entre des marchandises allant de la télé aux caisses de
fromages frais.
Au fond du bateau, 2 roumains conversent avec 2
suissesses. Le reste du bateau est composé de locaux habitant le long du rio Napo ou de
travailleurs des compagnies pétrolières.
Je me laisse aller à des rêveries au fil de l’eau.
La nuit est là depuis un moment et c’est bientôt
l’effervescence de la descente du bateau.
Il a été construit il y peu suite à la guerre
entre le Pérou et l’Equateur. L’anciene ville de Rocafuerte est passée du côté
du Pérou et est devenue Pantoja. Nuevo Rocafuerte signifie, la « Nouvelle
Rocafuerte »
On en profite aussi pour aller aux nouvelles
concernant les bateaux qui font le voyage jusque Iquitos au Pérou.
La réponse est sans appel, il y a un bateau
tous les 15 jours et il est parti il y a deux jours…Coincés.
La nuit a porté conseil, on
décide de lever le camp ce matin et on arrange un voyage en pirogue jusqu’au
village frontière côté Pérou.
On évaluera la situation sur place. On ne perd
rien, ici, on a fait le tour.
Je tombe des nues et je lui dis
que je vais bien rechercher dans mes affaires si je le retrouve. En fait, il me
faut réfléchir. Revenir en arrière est trop compliqué, il va falloir négocier.
Finalement, j’envoie parlementer
la personne qui va nous faire traverser le frontière en pirogue. Ils se
connaissent, il va argumenter le fait que je suis un jeune étudiant sans le
sou. Après de longues palabres, le douanier me fait un faux document et il
encaisse 50 dollars, bien sur direct dans sa poche.
On fait rapidement la connaissance de Pepe et
la belle histoire commence.
Finalement, on s’accorde sur 150
dollars pour 5 jours de voyage jusque Iquitos avec un guide chevronné et la
promesse de découvrir cette Amazonie qui me fait rêver. (entre parenthèses, le
prix payé par les finlandais était de
1000 dollars la semaine).
[ L’expérience des cinq jours qui vont suivre est tellement dense en moments de vie qu’il m’est difficile de la retranscrire en détail. Deux moments forts tout de même: l’expérience chamanique et le bivouac en pleine forêt. Et en tres résumé, L’Amazonie, c’est comme dans mes documentaires de jeunesse, une pirogue qui remonte un fleuve marron avec des deux côtés des arbres immenses. C’est comme dans les documentaires sauf que je suis rentré dans la télé. ]
Le chaman…
Le chamanisme amazonien s’est
présenté ce matin. Bien sur avant de venir en Amazonie, j’ai pensé à
l’expérience formidable qui consisterait à être initié à une cérémonie
chamanique.
Et sans la chercher, elle va se
présenter au détour d’une conversation. Notre guide discute des croyances des
populations ici et indique que si l’on est intéressé, il connaît un endroit où
lui-même a été initié. Une lumière vient de s’éclairer dans mes yeux.
Le lendemain, je jeune et on
arrive en vue de l’habitation du chaman en début d’après-midi. Le guide descend
tout seul, il lui faut parlementer.
On est autorisé à débarquer et
bientôt, on est assis sous le toit de palmes de son humble demeure. Pas de
plumes ni de peintures. Pas de chichis mais une ambiance.
L’endroit a une énergie
particulière. Le guide est tout en remontrances devant le chaman, impressionné.
L’homme est très entouré, palabre dans la pièce principale
quand deux de ses quatre femmes cuisinent à l’arrière.
Je me présente et rapidement, je suis attiré par la cuisine…
Sur des feuilles de palmes, une tête de tapir et une moitié
de singe. Les hommes salent la viande et les femmes préparent le massato.
Le massato pour un européen, c’est assez exotique. On fait
une purée à base de yucca (manioc) dont une partie est mastiquée par les
vieilles femmes de la maison et recrachée dans la purée. La salive aide à la
fermentation. Ensuite, on arrose le tout d’eau marron directement puisée dans
le fleuve.
C’est la base de l’alimentation ici. Et quand un visiteur se
présente, il est de bon ton de ne pas refuser l’invitation… Au gout c’est
moyen, ca pique comme un lait fermenté et des bouts filandreux de yucca vous
reste entre les dents. Mais le plus inconvenant viendra par la suite avec le
passage aux selles.
Après les palabres, il est temps de préparer la cérémonie du
soir, de préparer le voyage sous ayahuasca…
L’ayahuasca est une liane, qui mélangée avec des feuilles de
yage vous permet de vous nettoyer de vos maux intérieurs mais permet aussi un
voyage aux pays des rêves hallucinogènes à la rencontre de l’esprit de la
forêt.
On se dirige donc derrière la maison pour trouver les
ingrédients à la préparation. Ensuite,
tout est bouilli pendant une heure et demi environ. Se forme alors une
mélasse au fond de la marmite. C’est prêt.
Le voyage se fait de nuit, les yeux ouverts.
La maison s’est endormie, les enfants dorment à même le sol.
Je partage l’expérience avec les deux chiliens. On est assis en cercle. Le
chaman récite une bafouille dans une langue inconnue et m’invite à boire l’équivalent
du contenant d’une pellicule photos. Il se retire et dit revenir une demi heure
plus tard… Je ne saurai jamais si il est revenu une demi heure apres.
Je perd la notion du temps, l’espace est déformé, je suis
comme dans un rêve mais j’ai les yeux ouverts. Et puis la magie opère, je
survole la forêt amazonienne en compagnie d’un perroquet. Je vois beaucoup de serpents dans ma divague,
perd completement pied…
Et, tout à
coup, une mélodie fabuleuse se fait entendre. Dans mon rêve éveillé, une
petite indienne vient de sortir de la forêt en jouant de la flute. J’ai comme un reflux émotionnel, le
moment est juste...beau.
La mixture
vous entraine dans une rêverie mais le charme peut retomber brusquement et vous
revenez dans une semi réalité. Je m’aperçois alors que la mélodie de la petite indienne est en
réalité le sifflement du chaman qui agit comme un véritable catalyseur
émotionnel.
Il agite aussi un bouquet de feuilles séchées et le
bruissement de celle-ci me fait bondir comme un chat pris par surprise.
Trois
heures passent ainsi et le charme retombe. Je me couche sur le flanc, pensant
trouver le sommeil mais quelques minutes plus tard, je me réveille en spasmes
et me dirige comme je peux pour vomir extirpant les maux de mon corps comme il
se doit finalement dans pareille cérémonie.
Le calme est revenu, je sors et m’éloigne quelque peu de la
maison. Je suis comme dans le coton, le ciel étoilé, lumineux, se détache des
ombres chinoises formées par les cimes des arbres.
Je me vois alors remercier la forêt aux quatre coins
cardinaux. Je la remercie de m’avoir accepter en son sein. C’est cette
impression qui domine, comme si j’avais franchi une porte, que ca s’est bien
passé.
Et je
ressens un immense plaisir d’être comme accepté. Je ne suis plus un étranger.
Je m’endors
doucement dans mon hamac et me réveille quelques heures plus tard. La demeure
est en effervescence, j’ai le sourire jusqu’aux oreilles, une paix intérieure.
Je croise
alors le chaman, il vaque déjà à une tout autre activité. je lui dis merci. Il
sourit.
Le soleil est deja haut dans le ciel, il nous faut repartir.
Le
bivouac version forêt amazonienne…
On s’arrête aussi en chemin acheter une poule à
un habitant, elle nous régalera ce soir au bivouac…
On installe les hamacs, la
moustiquaire complètement hermétique et une bâche en cas de pluie cette nuit.
On confectionne aussi des bancs au moyen de lianes très dures.
Dans la forêt, il est possible de
survivre avec les connaissances indispensables comme celle de reconnaitre la
liane qui filtre l’eau et en fait une eau potable pour l’homme.
On visite ainsi comme un jardin extraordinaire.
Je lui dis que c’est incroyable,
même lui vivant ici ne peut pas ne pas s’en rendre compte. Il me dit que oui,
c’est beau.
J'ai respecté la nature, j'ai crié a l'interieur.
Levés aux aurores le cinquième jour, on prend le premier bateau rapide jusque Iquitos que l’on atteint dans la matinée. De retour au developpement...





























































