hualihza

Un an et demi de vélo sur les routes d’Amérique centrale et d’Amérique du sud

24-05-2009

La Union - Chavinillo (68 kms)

Ce matin, on fait la route à trois, avec les deux cyclistes rencontrés la veille.

La journée commence par une légère descente qui longe un rio. Le soleil est au rendez-vous et la journée s’annonce sous les meilleurs hospices. Je prends les devants mais les autres ne sont jamais bien loin.
Je m’arrête discuter chaque fois que l’occasion se présente, d’abord avec une bergère et ensuite avec un cavalier venant dans l’autre sens. Les autres me rejoignent à chaque fois mais leurs espagnols étant limité, ils ne sont pas coutumiers d’échanger avec les péruviens.

Ensuite, la route (à traduire à présent systématiquement par un chemin au mieux sablonneux, au pire caillouteux) remonte mais avec un degré régulier et peu important. On alterne vue dégagée et forêts d’eucalyptus à mesure que l’on prend de l’altitude.

Et puis, surgit sur ma droite, roulement de tambour…un mouton!
Les chiens, je connais, ils aboient, montrent les dents et la technique est d’arrêter le vélo et de crier plus fort. Mais ce mouton là, non seulement il surgit mais il se dirige droit sur moi et donne un coup de tête dans le vélo. Incroyable.
Je suis entre la surprise et l’amusement. Les autres éclatent de rire. Mais en me rejoignant, voilà le mouton qui s’en prend à Sébastien qui est quitte pour plusieurs tours autour de son vélo pour éviter les charges. Un paysan sourit en regardant la scène et quand je passe à sa hauteur, il me dit que le mouton est connu pour son mauvais caractère…
Il faudra redoubler d’effort pour le semer car il est en forme et parait vouloir faire un bout de chemin avec nous.

Arrivé au sommet de la cote, on casse la croute au pied d’une église et ensuite on pique nique en surplombant le paysage. S’ensuit une longue descente empierrée et je fais le trou avec la « team Osmosno ».
On se retrouvera une heure plus tard pour continuer sur un rythme promenade cette belle journée.

Les heures s’égrènent lentement, chacun des trois dans sa bulle contemplative.
On croise de nombreux villages et je ne sais pas ce qui se passe au Pérou mais en mai, ça doit être à peu près tous les jours la fête.
Les hommes souvent passablement éméchés vous interpellent pour boire un verre et il faut parfois faire preuve de diplomatie pour refuser gentiment un verre d’arguardiente qui vous couperait les jambes une fois avalé. Je trempe les lèvres, sourit et me remet en selle.

En fin de journée, les endroits de bivouac par milliers pendant la journée se font rares et finalement on décide de s’arrêter au village de Chavinillo.
On décharge les vélos entourés de dizaines d’enfants et on trouve une chambre au prix dérisoire de 6 soles (1,5 euros). Les conditions sont sommaires mais l’ambiance est là et on improvise rapidement un repas au réchaud arrosé de bières sur le pas de porte, en parlant…anglais.

Je fais connaissance avec mes nouveaux acolytes voyageurs, sur les routes depuis des années et à vélo. Ils sont une grande partie de l’année en Asie, organisent des tours sur place, ont développé un quotidien sur la route, et ont des anecdotes à la pelle. Des histoires auxquelles il faut rajouter une bonne dose d’humour typically british…

[La team Osmosna, sur internet:
- Blog: www.osmosno.wordpress.com
- www.osmosno.com   ]

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19-05-2009

Près de Carpa - La Union (81 kms)

Je me suis réveillé plusieurs fois dans la nuit du fait du froid et en émergeant ce matin, la fermeture éclair est difficile à ouvrir…
Je comprend en voyant les morceaux de glace tomber dans la tente. A l’extérieur, tout est gelé, la tente, le vélo sont recouverts d’une couche de givre glacé.
Heureusement, le soleil monte peu à peu et réchauffe l’homme et le matériel.
Je me gèle les doigts en récupérant de l’eau du ruisseau en contrebas et décide de bien commencer en me faisant un repas chaud.

Et c’est reparti, la journée commence ni plus ni moins par une série de lacets qui me feront passer un col à plus de 4800 mètres! Je pédale à l’altitude du Mont Blanc. Et je remercie ma jeunesse de ne pas trop souffrir de l’altitude sur ce chemin cabossé.
Le froid, l’altitude, l’effort physique, maso moi? Pas tout à fait, le paysage est absolument magnifique. Imaginer faire du vélo dans un parc national, ne croiser absolument aucun véhicule et embrasser du regard des montagnes enneigées pour vous tous seul.

Après ce premier col à 4800, je redescend à 4600. Je dépasse une roche où sont dessinées des peintures rupestres et dépasse bientôt un berger plus bas dans la vallée, la seule personne avant cette apparition…

Alors que je n’ai vu personne depuis la veille et depuis des kilomètres, je croise une petite fille. Ce n’est pas le petit prince et mon avion n’est pas en panne.
Ce pourrait être la petite princesse et je suis à vélo. Pas besoin de dessiner un mouton, il y en a tout autour.

Je lui tire le portrait, lui offre des caramels, on se sourit et je la questionne si elle n’aurait pas vu le couple de suisses partis la veille de mon départ de Huaraz. Elle me répond par l’affirmative, ils ont dormi pas loin la nuit dernière.

Un nouveau col à plus de 4800 mètres, une nouvelle vision imprenable sur une chaine de montagnes enneigées et j’entame la descente. Après quelques kilomètres de descente rugueuse, je rejoins la route principale et l’asphalte.

Après avoir dépassé une mine, très nombreuses au Pérou, je fais mon entrée dans Huallanca et je retrouve non seulement le couple de suisses mais aussi deux autres cyclistes, la « team Osmosna » aka David d’Angleterre et Sébastien de Hollande.
Les suisses restent dans ce village pour la nuit, je décide de poursuivre jusque La Union où je me trouve un petit hôtel.
Le village est en fête, déguisés en esclaves, les habitants parcourent la ville au son de la fanfare. Je vais dormir avec les bouchons d’oreille, trop fatigué pour me joindre aux festivités.
Ma tête est encore dans l’écrin de nature du début de journée.


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18-05-2009

Huaraz - près de Carpa (71 kms)

Retour au vélo après les montagnes version trekking. Je quitte la famille en inaugurant leur livre d’or et je m’élance sur une pente légèrement ascendante.

Après quelques kilomètres, je m’arrête en constatant un grincement au niveau de ma pédale gauche. Je pense d’abord à un desserrement mais en fait j’ai cassé un des roulements. Il me faudra réparer à la prochaine ville importante mais pour l’heure, je peux continuer en croisant les doigts pour qu’elle tienne le coup encore quelques kilomètres.

Ensuite et une nouvelle fois, je rate l’entrée du parc national à travers lequel j’avais pensé poursuivre ma route. Me rendant compte de mon erreur, j’arrête un camion pour qu’il m’indique l’embranchement. Je fais marche arrière et vers midi, retrouve la route désirée.
Je m’arrête pour me cuisiner une collation et profite d’une fenêtre de temps clément. Derrière et devant moi, le temps est au gris et à la pluie.

Le paysage me fait beaucoup penser à l’Ecosse et coup du sort, mon MP3 se met à jouer « l’hymne des celtes ». Les picotements m’envahissent quand débute « Tri Martolod » d’Alan Stivell, version concert. Je chante, je crie, j’ai la chair de poule, un énorme sourire. Tout seul au milieu de cette lande péruvienne, mes origines bretonnes prennent le contrôle et déclenche un déferlement de dopamine. Bagad Kemper, Lann Bigoue, ça enchaine, le moment est brillant.

Ensuite bien sur, vient le crachin breton. Quand la pluie se fait plus dense, je m’abrite sous un porche. Je suis au dessus de 4000m, le temps s’est obscurci, on est en fin d’après-midi, il va me falloir trouver un endroit pour le soir. Je repère un petit panneau indiquant le village de Carpa à 4 kilomètres…

Je reprend le pédalage mais passe 5 puis 6 kilomètres et…rien. Encore un village fantôme.
La pluie mélangé au froid se transforme en sorte de grêle, giboulées. Je n’arrive plus à passer les vitesses tant mes doigts sont engourdis. Je me fais une raison, il va falloir affronter les intempéries cette nuit.
Le soleil décline mais la pluie s’est arrêtée. Après plusieurs tergiversation, j’élis domicile à quelques mètres du chemin, en contrebas.

Je n’ai pas la force de me faire à manger et dine du muesli du matin. Je peine à gonfler mon tapis de sol tant mes lèvres sont tétanisées. Finalement, je m’introduit comme je peux dans mon sac de couchage, la nuit va être très froide…


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Huaraz - 3 jours off

Huaraz est ville qui a été reconstruite après un tremblement de terre dans les années 70. Elle manque de charme historique mais les paysages qui l’entourent sont de toute beauté.

Par l’intermédiaire d’un cycliste rencontré sur la route, je suis hébergé dans une famille charmante. Entre deux discussions sur le quotidien au Pérou, je déguste la cuisine locale.
Et, échange de bons procédés, je réaliserai un tajine pour remercier la gentillesse de la maitresse de maison qui m’accueille chaque soir avec un Pisco Sour, un alcool local.

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14-05-2009

Trekking Huayhuash - 4 jours

Les photos de 4 jours de randonnée magnifique au cœur de la cordillère andine…

(cliquer sur les photos pour les agrandir)

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13-05-2009

Caraz - Huaraz, 71 kms

Ce matin, je prend la route avec Michel et Amélie, un couple de cyclistes suisses.

L’étape ne présente pas de difficultés particulières et la route est asphaltée. Cette journée ensoleillée s’annonce comme la trame d’une belle promenade à vélo. Les paysages se font bucoliques et je ne compte bientôt plus les « buenos dias » (bonjours) distillés sur le parcours.

Les Andes c’est là tout de suite maintenant. La paysanne andine me donne l’impression d’être coquette tant leurs costumes traditionnels, habits de tous les jours, sont colorés. Il faut y rajouter un chapeau légèrement de biais, des nattes qui retombent de chaque coté et un sourire qui souvent éclaire une figure aux traits marqués, très incas.

- « Buenos dias señora » - « Buenos dias (gringo) »

Après les paysages de désert minéral, la nature d’altitude se fait tout à fait verte. On est au début de la saison sèche, les fleurs sont partout et les rios serpentent dans les petites vallées. Je laisse le couple de suisses prendre un peu d’avance et de nouveau m’invite à la rêverie.

Quand je rejoins Michel, il me dit de me retourner. Je n’avais rien remarquer mais les nuages découvrent peu à peu les montagnes enneigées. Bucolique je vous dis. Arrêt pique nique, pain, fromage, bananes le long de la route, trois cyclistes font la conversation à l’ombre d’un arbre.

La journée s’allonge ainsi sur un rythme lent. A la hauteur d’un village, je m’arrête intrigué par une petite procession le long de la route. On fête l’anniversaire de la mort d’un proche. Je fais un petit film, amusé par le spectacle d’une farandole péruvienne accompagné par l’orchestre.

J’arrive sur la place principale de Huaraz en début d’après-midi et y retrouve le couple de suisses qui m’a précédé. Huaraz est un peu le Chamonix péruvien. Pas de pistes de ski mais randonnées, escalades et andinisme (équivalent de l’alp-inisme) sont largement proposées par de nombreuses agences spécialisées.

On prend nos quartiers dans une famille très accueillante. La terrasse de la maison offre le spectacle de monts enneigées. Fantastique.

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12-05-2009

Trujillo - Caraz (4 jours, 261 kms)

Jour 1

Je débute la journée avec l’impression d’appartenir à la grande famille du cyclotourisme.

Je laisse en effet une trace de mon passage chez Lucho en écrivant dans le livre d’or. Les premiers messages datent en 1985 et j’y retrouve des noms de cyclistes que je connais car ce sont ceux là mêmes qui en écrivant le récit de leurs voyages ont nourri les rêves de mon voyage présent. Des livres dévorés à Paris avant le départ, des personnages idéalisés et moi aujourd'hui qui y laisse ma trace…

Lucho m’accompagne jusque la sortie de la ville et puis ça y est, je suis de retour au vélo, à la route en solo.

Le paysage est tout à fait désertique. Le manque d’eau fait de l’endroit un désert de sable. Je longe la cote en début de journée mais bientôt le spectacle est essentiellement minéral. Ca monte et ca descend, je suis à l’écoute de mon corps, la moindre sensation est analysée par une tête qui se rappelle au bon souvenir d’heures passées sur le vélo.

Je croise un couple de cyclistes anglais en route vers la casa ciclista. Ils me renseignent sur la route et on se quitte après quelques minutes. Ensuite c’est une longue traversée du désert, en littéral dans le texte. Je croise de rares villages, déjeune le long de la route, échangeant avec des camionneurs autour d’une assiette consistante.

Je roule toute l’après-midi et en fin de journée prend un raccourci qui coupe à travers un désert de pierre. La lumière décline, Je pars en quête d’un endroit pour dormir.

J’arrive alors à la hauteur d’un 4x4 en panne. Le radiateur fuit et le moteur surchauffe. Ils ont un besoin crucial d’eau sinon il y a des chances pour qu’ils passent la nuit ici. J’ai fait des réserves d’eau au village précédent pour boire bien sur mais aussi dans la perspective d’un campement et de la cuisson des pâtes. C’est le dilemme, le cycliste David va-t-il offrir l’eau de son repas du soir pour laisser aller le 4x4 Goliath?

Je ne suis pas particulièrement ravi de les voir déverser ma bouteille d’eau dans leur moteur mais bon il me reste un peu de pain, je m’en contenterais. Ils repartent aussitôt, la nuit vient de tomber.

Je suis seul, dans un désert minéral. Ce soir, ce sera hôtel 1 million d’étoiles. Je déploie la tente derrière un talus de pierres, mange un reste de pain avec une boite de thon et m’endort doucement, la tête tournée vers les constellations inconnues de l’hémisphère sud.


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Jour 2

Le réveil est aussi minéral que le coucher.

Je petit déjeune et remballe dans la fraicheur du matin. Je suis tôt sur le vélo. La lumière est belle, le coin est désertique, je savoure l’instant. Je roule deux heures en voyant en tout et pour tout, un camion. Et puis, j’arrive au village de Tanguche. Le village parait fantôme au départ avec des petits tourbillons de poussière formés par le vent.

Je suis à la recherche d’eau. Je rencontre une première personne qui m’indique un robinet. Je fais bien de commencer à remplir une bouteille plastique et non mes bidons opaques…L’eau n’est pas trouble, elle est marron. Je souris et m’excuse de ne pouvoir boire de cette eau...indiquant que mon estomac d’européen ne supporterait pas.

Ça le fait rire et il m’indique tout de même l’échoppe ou je peux acheter de l’eau version bouteille plastique.

Je reprend la route sous le soleil, c’est toujours aussi désertique et je suis toujours aussi seul. Finalement la route privée se termine et je retrouve sur de l’asphalte. Je fais quelques kilomètres et m’arrête à la faveur d’un village pour manger. Là encore, on dirait un décor de western. Et puis, ma bêtise va me faire prendre à gauche au lieu de continuer tout droit.

Je monte environ huit kilomètres avant de me rendre compte de mon erreur. Je n’ai qu’à m’en vouloir et je ne suis pas tendre. Je m’insulte dans la descente qui me fais revenir à mon point de départ. La véritable route tient plus du chemin que de la route et, je m’engage…sur la pire des pistes depuis mon départ de Mexico.

Je fatigue rapidement dans le vent et la poussière. Et le sort qui s’acharne avec la roue arrière qui crève…Je répare directement sur la route, ou plutôt sur le chemin. Ensuite, je consulte la carte et décide d’abréger mes souffrances en réduisant mon objectif du jour.

Je vais atterrir chez « Coco ». Il possède un restaurant/point téléphone en bord de route. Il est habitué à voir des « gringos » passer un vélo et je ne suis pas le premier à faire du camping sous le porche de l’entrée.

On mange ensemble le soir, moi, Coco et un cousin. Hyper volubile Coco va me raconter en plus de l’histoire du train vapeur passant par ici du temps de sa jeunesse (…), une histoire de famille à peu près incroyable:

Sa grand-mère, de peau foncée, a eu beaucoup d’enfants. De sa première union avec un homme de peau plus blanche, elle en a eu une fille et un fils.

La fille, appelée « gringa » du fait de la couleur blanche de sa peau, est douée pour les études. Et, elle est envoyée dès son plus jeune âge, « à la ville » dans un internat grâce à un peu d’argent économisé par ses parents.

Mais la fille ne reviendra jamais. Une raison invoquée serait un déni de ses origines très modestes et de la couleur de peau de sa mère. Elle deviendra comptable et les parents sauront par la suite que la fille s’envolera vers les Etats-Unis en qualité de cadre dans une compagnie pétrolière, quelques années plus tard.

La grand-mère de Coco, une femme robuste, qui mourra à plus de 100 ans, émet un désir vers ses 80 ans… celui de revoir sa fille. Mais, comment la retrouver?

C’est alors, qu’un de ses fils, aussi parti tenter sa chance aux Etats-Unis décède avant elle et laisse un petit héritage. La belle famille invite alors frères et sœur du défunt à se rendre aux Etats-Unis afin de faire connaissance.

Mais aucun ne se décide… C’est la mère qui décide de partir avec pour objectif de retrouver…sa fille. Elle se rend donc sur place avec une autre de ses filles et font alors connaissance à l’aéroport, deux mondes qui ne s’étaient jamais rencontré.

Finalement, la mère et la fille vont vivre plusieurs mois aux Etats-Unis (je vous passe les détails), mais, trotte toujours dans la tête de la mère cette pensée. Où se trouverait sa fille à présent?

Elle va faire des recherches mais en vain et commence à se résigner. Et puis un matin, qu’elle tricote sur le devant de la maison des tissus traditionnels du Pérou, une voiture élégante s’arrête et en descend ni plus ni moins qu’un…ambassadeur. Il s’est arrêté en voyant cette vieille femme tricotant son artisanat.

Elle lui explique alors d’où elle vient et le pourquoi de sa présence aux Etats-Unis.

L’ambassadeur, touché par son histoire, décide alors de l’aider. Et, de l’avis même de Coco, un ambassadeur, « ça a un sacré pouvoir ». Une semaine plus tard, la vieille femme reçoit un courrier avec l’adresse de sa fille perdue. Elle habite désormais…en Allemagne.

Billet d’avions (à l’époque), la vieille dame se rend en Allemagne, fait encore quelques centaines de kilomètres dans un pays inconnu et se présente chez sa fille. Une petite fille vient lui ouvrir et s’en va chercher…sa grand-mère. C’est que la petite « gringa » a grandi et a désormais…les cheveux blancs.

L’histoire dit que les retrouvailles n’ont pas été suivi d’un accueil des plus chaleureux et la vielle femme, la mère, est reparti deux jours plus tard, ayant réalisé son désir de revoir sa fille mais, trop d’années avaient passées…

Pas de moralité, ni de conclusion à cette histoire, juste une histoire dans le temps, une histoire de famille péruvienne, en passant, comme çà, sur la route…


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Jour 3

Le lendemain de l’histoire, je fais mes réserves d’eau et repars dans ce décor de villages fantômes et de routes poussiéreuses. Je suis plus reposé que la veille et le moral est revenu. La route me réapparait belle et non plus comme un calvaire.

Et puis au petit matin, je vais passer à moins de cinq mètres d’un aigle majestueux posé sur une pierre. Et cinq minutes plus tard, c’est au tour d’un fennec de croiser ma route. Je fais durer les rencontres le plus longtemps possible, on croise les regards mais ils finissent par s’en aller soucieux d’un danger qui n’existe pas.

Tout au long de la route, je longe le rio Santa. Je suis au fond d’un canyon, sur une route empierrées et poussiéreuse à faire du vélo. Le paysage est souvent magnifique. Quelques cascades d’eau égayent le chemin et me permettent de faire un brin de toilette. Je passe aussi de nombreux tunnels.et une mine.

En milieu de journée, la route commence à monter. Je sais qu’il y a un village plus haut et surement un restaurant bien accueillant mais l’heure avancée et le soleil chaud du matin ont eu raison de mes énergies. Je dois m’arrêter et manger quelque chose.

Au menu, ces pâtes chinoises instantanées, pas si mauvaises car en plus des pâtes, je bois l’eau comme une soupe et le mélange passe bien. Ca n’arrête pas le soleil vous me direz, mais je repars en meilleure forme et je me lance dans la succession de lacets d’une route qui vous le savez à présent…est un chemin.

Je peine à rallier le village mais « poco a poco » (peu à peu), j’y parviens. Je prend des nouvelles des cyclistes partis avant moi de Trujillo. On me répond que les deux argentins ont dormi là cette nuit et sont partis ce matin…Je ne devrais pas tarder à les rattraper.

Quelques heures plus tard encore, j’arrive à Huallanca. Je pourrais m’arrêter mais Coco m’a dit qu’après cette ville, je passerais plusieurs tunnels et ensuite il me sera possible de demander l’hospitalité à l’entreprise hydro électrique présente à cet endroit. Je suis ses conseils, fait mes emplettes pour le repas du soir version camping et reprends la route.

Le contre la montre débute…

Le soleil baisse rapidement car il est caché par les montagnes. Et la route consiste, à ma gauche, en un précipice, à ma droite, la paroi de la montagne. Impossible donc de camper, la lumière décline et je dois traverser des successions de tunnels à la faible lumière de ma frontale.

J’appuie plus fort sur les pédales, je suis très fatigué mais pas le temps de tergiverser. Il fait bientôt nuit noire et le compteur indique encore trois kilomètres avant la fin de la portion des tunnels. La frontale éclaire très peu et je dois réduire l’allure. La traversée des tunnels est des plus périlleuse.

Je suis au milieu de l’un d’eux quand un camion se présente, m’éblouissant de ses phares. Il est impossible de passer à deux véhicules dans le tunnel. Je ne suis pas très large mais ce serait dangereux pour s’engager les deux.

Je fais alors des grands signes des bras, je crie. Je ne voie rien, je suis aveuglé par les phares. Finalement, il s’arrête avant d’entrer dans le tunnel et me laisse passer. Je dis merci au chauffeur qui fait des yeux ronds de voir cet étranger sur cette route à cette heure.

Je distingue bientôt les lueurs escomptées devant indiquer l’entreprise hydro électrique. Mais c’était sans compter sur une énorme porte interdisant l’accès à cette heure. J’ai beau m’époumoner, personne ne répond à mes appels…

Je suis coincé? Peut être bien…

Je décide de redescendre d’une centaine de mètres, j’avais aperçu une excavation dans un tunnel. Je suis en version peu m’importe le lieu pour ce soir, mes jambes crient repos. Et, les choses sont bien faites, je trouve l’entrée d’un bout de tunnel désaffecté, ma chambre pour la nuit…


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Jour 4

La journée de vélo du lendemain sera courte. A midi, je retrouve à Caraz le couple de suisses et les deux argentins partis 2 et 1 jour plus tôt de Trujillo.

Je décide de prendre du repos, de rallier Huaraz seulement le lendemain et de profiter des premiers paysages de montagnes enneigées.

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03-05-2009

---- Hualihza, 3ème partie ---

De l’atiplano andin au Pérou, à Ushuaia.
(Pérou, Bolivie, Chili, Argentine)

Posté par jrihani à 02:54 - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Trujillo, casa ciclista (4jours off)

De retour de 5 semaines en France, à la descente de l’avion c’est le choc. Celui d’un retour si rapide à un écart de civilisation si important.
Mais dans le soleil et la poussière, l’envie de reprendre le vélo est là, palpable. Je décide de ne pas m’attarder à Lima et prend tout de suite un bus pour la « casa ciclista » de Trujillo où j’ai laissé mon vélo.

Une « casa ciclista », c’est une maison où les voyageurs à vélo au long cours sont accueillis comme chez eux. Un lieu de rencontres donc, où l’on peut se reposer, remettre à niveau la mécanique, échanger sur les impressions de la route et surtout faire de belles rencontres.

La casa ciclista de Trujillo est une légende dans le monde du cyclotourisme.
Elle est tenu par Lucho, un péruvien fondu de vélo, ancien champion local, mécano hors pair, d’une hospitalité fabuleuse.
L’endroit a en plus, une belle histoire… Elle a permis à Lucho de réaliser son rêve.

Grâce à un Français et à la générosité des cyclistes passés par cette casa, en l’an 2000, Lucho s’est envolé pour la France avec une accréditation pour …Le Tour de France.
Il a suivi la grande boucle dans les coulisses, a fait des photos avec les plus grands comme en atteste l‘album qu‘il est fier de me présenter. Il m’a en plus raconté sa rencontre avec Miguel Indurain, vous auriez vu les étoiles dans ses yeux! Il se pinçait n’arrivant pas lui-même à y croire.
Un fou de vélo donc, qui a la passion communicative et très vraisemblablement héréditaire, son petit garçon s’appelle…Lance. (NDLR: Armstrong ).

Quand j’arrive, chez Lucho, tard le premier jour, je reprends pied tout de suite à la vie de voyageur.
Ils sont 6 voyageurs à vélo plus Lucho réunis sur le toit terrasse de la maison à faire de la musique dans la fraicheur du soir. Je salue l’assemblée, prend part à quelques discussions mais accuse le coup du voyage et tombe peu à peu d’un sommeil jet laggeux.

Le lendemain je fais plus ample connaissance, dans les 6 voyageurs, il y a 4 suisses: Hanes, Ramona, Michel et Amélie, et 2 argentins, frères, sur la route depuis 7ans et demi, barbus, mi cyclistes, mi clowns: Manuel et Bernardo aka la Familia Flamini.

Je passe la première journée à la plage de Huancayo toute proche et les autres à échanger vélo.

Pendant toute une après-midi notamment, je vais recevoir un cours magistral de mécanique de bicyclette par Lucho. C’est simple, il va tout démonter et le constat est peu reluisant.
La mécanique a souffert et je dois changer les chambres des roulements « grattés » par les frottements.
Heureusement, Lucho a tout sous la main et sait redonner une jeunesse à un vélo comme personne.
En fin de journée, tout est remonté et miracle, plus aucun cliquetis, le vélo tourne comme une mécanique parfaitement huilée et ajustée. 

Moins d’une semaine après mon départ de Paris, je reprend la route…

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01-05-2009

Chachapoyas - Cascade de Gocta - Pedro Ruiz (65 kms)

Chachapoyas, du temps de la conquête espagnole, était la troisième ville la plus importante du Pérou. Mais du fait de son accessibilité difficile (ils sont en train de terminer d’asphalter la route), la ville s’est comme endormie. Aujourd’hui, le centre de la ville a le charme de la ville coloniale mais défraichi.
Ce sera ma ville d’un soir avant de redescendre sur la cascade de Gocta.

Le matin de mon départ, je croise la route d’un étudiant en communication qui en me voyant passer décide de s’enquérir du pourquoi du comment de mon voyage et je suis quitte pour une interview au dictaphone en pleine rue.

Et puis c’est la descente, peu besoin de pédaler ce matin. Le paysage n’est pas aussi formidable qu’escompté mais je ne boude pas mon plaisir et me laisse aller à la flânerie.
Et l’histoire de se répéter, la route est barrée pour cause de travaux…Mais elle rouvre dans une heure, je n’insisterai pas pour passer.
Au contraire, cette pause forcée me fait rencontrer 4 motards ayant eux aussi du mettre pieds à terre. Ce sont des professeurs en visite dans cette partie du Pérou qu’ils ne connaissent pas. On va parler longuement des différences culturelles entre France et Pérou et déraper très vite aussi sur la politique et ce bel ordre mondial capitaliste si enclin à l’égalité…
[Je lis actuellement, le livre d’Eduardo Galeano, « Les veines ouvertes de l’Amérique latine, histoire du pillage d’un continent » et j’ai beaucoup à dire sur le sujet. Pour la petite histoire, le livre est aussi dans l’actualité car Chavez vient de l’offrir à un certain Barack Obama…]

J’arrive à la cascade de Gocta en début d’après-midi après une montée bien difficile. La cascade vient d’être découverte trois ans auparavant et le National Geographic vient de la classer comme troisième cascade la plus haute au monde, 771 mètres.
Trois ans, c’est peu, les guides de voyages n’ont pas eu le temps de se retourner et l’endroit est quasiment vierge de tourisme, j’arrive dans un village comme perdu. Et c’est là tout son charme.

Je rencontre un jeune en charge du tourisme et m’enquiert des conditions de la visite. Il me dit de suivre un chemin réhabilité il y a peu et après une heure et demie, je serais en contrebas de la dite cascade, déjà bien visible depuis le village, 771m de hauteur, ca se voit de loin.

Je sympathise très rapidement, et après avoir déposé le vélo dans un endroit sur, je déjeune et m’élance en solo vers la troisième cascade la plus grande du monde, dans ce coin perdu.
Je marche d’un bon pas comme aimanté par l’endroit. Je fais la connaissance en chemin d’une paysanne qui répond à mon large sourire par des yeux rieurs. Il y a comme une énergie particulière dans cet endroit.
Je longe des champs de mais aux épis recouverts de bouteilles de plastiques, « pour éviter que les perroquets ne les réduisent à néant ».
Après une bonne heure de marche, je débouche sur une corniche avec vue imprenable sur la cascade, je ne peux m’empêcher de crier, la cascade est énorme, majestueuse, puissante.
Je crois que l’on appelle ce type d’endroit des lieux telluriques, là ou vous ressentez l’énergie des « éléments ».
Je fais face à un de ces endroits particuliers, seul, je goute à un grand moment de plaisir.
La cascade ne termine pas dans une étendue d’eau bucolique…En contrebas, c’est la tempête, de forts vents balayent les trombes d’eau et je ne pourrais atteindre totalement les derniers mètres de la cascade. Je me fais fouetter le visage par le tumulte mais mon sourire reste accroché. Les conditions pourraient paraître exécrables mais pourtant on ne peux rester indifférent à un tel spectacle naturel.

Je refais le trajet dans l’autre sens en me disant qu’il me sera difficile d’atteindre la ville prochaine aujourd’hui. Mais je n’ai pas besoin de creuser plus à fond l’analyse de la journée et me laisse porter…

De retour au village, je retrouve le jeune en charge du tourisme et il m’invite à me doucher à la faveur d’un cours d’eau dévié.
Ensuite, il m’invite à un café chez une des familles qui habitent ce village. L’atmosphère positive du lieu se poursuit. Je me retrouve derrière une table d’une cuisine « très humble » d’une famille de paysans souriants. Trois bonnes heures de discussions vont suivre.
On parle du travail aux champs, de la médecine traditionnel, de l’arrivée de l’électricité dans le village depuis 6 mois et de ce qui a changé depuis. Je suis invité à partager le repas.
J’écosse des petits pois, trie les bons haricots blancs des mauvais…Je suis finalement invité à rester un mois si j’en ai l’envie!
Je suis très touché par leurs invitations mais argue de mon futur vol en direction de la France…
Je termine la soirée en les saluant avec grand respect et m’en vais planter la tente sous le porche de l’église.

Le lendemain, je suis de nouveau invité au café et vais tout de même rester le matin et aider à un travail «au champs ». Le charme du moment de vie à Gocta se termine par des belles promesses pour le futur et je reprends la route.

Je suis à Pedro Ruiz quelques heures plus tard et un bus m’emmène moi et mon vélo vers Trujillo d’abord et ensuite pour un retour sur le vieux continent après… 11 mois d’absence.


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Posté par jrihani à 23:52 - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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