11-06-2009
Ayacucho - Andahuaylas
Ayacucho - Paso (49 kms)/Paso - 5 kms avant Chincheros (114 kms)/Chincheros - Andahuaylas (95 kms)
Ayacucho a été une étape agréable. La sortie de
la ville sera un enfer.
Sans réellement y avoir prêté attention, j’avais
imaginé une route asphaltée vers Cusco. Mais je roule en réalité sur un chemin
caillouteux qui serpentent entre les maisons dans un quartier populaire. Je demande
plusieurs fois mon chemin, persuadé de m’être trompé.
Je mets du temps à m’extirper de la ville, vers
midi, je n’ai pas fait 20 kilomètres. La journée va être une longue et monotone
montée. Je croise un cycliste péruvien qui s’arrête à ma hauteur à l’occasion d’une
pause pain fromage. Mais il engage peu la conversation, il se contente de me dévisager.
Le paysage évolue en fonction de l’altitude. Je
monte sans beaucoup plus d’intérêt que celui de voir le sommet se rapprocher.
Je n’ai d’autre choix que de continuer à
monter. J’arrive à un embranchement, ne sait pas vraiment quelle route prendre
et la circulation est quasi inexistante. Je la joue à la boussole, ca devrait être
à gauche.
Je fais un kilomètre et je crève. Je fais un
point rapide, je suis peut être perdu, je viens de crever, je n’ai pas d’eau,
pas de maisons à des kilomètres, le jour qui décline et mes mains qui
commencent à geler…
Dans ces cas là, j’essaye de ne pas réfléchir
plus qu’aller de l’avant, impossible moralement de revenir sur mes pas. Je répare
et repars. Apparait alors un camion. Je le fais arrêter en
agitant les bras. Ma première question veut vérifier la véracité d’absence d’humanité
dans les prochains kilomètres. Réponse affirmative, je suis loin du prochain
village. Alors je l’informe de ma situation critique au niveau de l’eau.
Le courant de la journée s’inverse ici. Il sort
de la cabine du camion un bidon de 20 litres d’eau et m’invite à me servir. En
fait il me sauve la journée. Avec cette eau, je peux me désaltérer mais aussi
cuisiner. Je ne vais pas demander mon reste plus longtemps et quand on se
quitte, je n’ai qu’une idée, trouver un emplacement pour la tente.
C’est chose faite rapidement. Et cette nuit
depuis Mexico, je vais vivre ma première expérience de silence total. Pas un
bruissement dû au vent, pas un bruit d’un rio lointain. Rien. Rien que le
silence…Assourdissant.
Au matin, même sentiment d’être seul au monde
et non pas une sensation de solitude, non, une sensation de liberté.
Je ne m’attarde pourtant pas et suis sur le vélo
dès le soleil levé. Je roule sur les cimes, dépasse quelques formations archéologiques,
toise des collines d’altitude seulement habité par quelques vaches.
Les deux bus allant à Cusco me dépassent dans
la matinée, c’est à peu près le seul contact avec le monde que j’aurais de
toute la matinée..
Je roule bientôt dans une plaine au delà de
4000m, un bout d’altiplano. Je me fais courser au départ par une meute de
chiens de berger, ensuite je me fais charger par 4 cochons sauvages. Finalement
je vais faire la course avec des vigognes. Elles se déplacent avec l’allure de
biches.
Je remet dans le contexte: je suis à vélo au
milieu d’un paysage d’altiplano andin avec des étendues d’eau qui reflètent le
ciel. Je suis seul et les vigognes m’accompagnent le temps d’un instant
sauvage. La faune et la flore me font la fête.
J’atteins finalement le sommet du col débuté
depuis Ayacucho et en apercevant le cirque des montagnes et la longue
redescente, je ne peux une nouvelle fois m’empêcher de penser que mon quotidien
passe si régulièrement par ces moments rares qu’il en devient souvent
exceptionnel.
Quand je me sens réellement submergé par cette énergie
qui me fait crier, seul en haut d’un col, je ne crie pour personne, je crie car
je suis submergé.
Dans la descente, j’arrive à la hauteur de ce
village, Ocros, celui dont on me parle depuis la veille. Je décide de m’y arrêter
pour déjeuner mais trois hommes sur le côté de la route me recommandent de
poursuivre juste sur quelques kilomètres vers le village de Tumbes où je
trouverai des restaurants de meilleures factures.
La température est remontée après 1000 mètres
de dénivelé en moins. Dans la descente, je croise un couple d’allemands à vélo,
en voyage pour un an. (bike2008@web.de)
Et puis, il va m’arriver un évènement
inattendu. A la faveur d’une portion de descente assez rapide, ma sacoche avant
gauche se détache en arrachant son support en acier. Je m’arrête in extremis évitant
la chute. Je m’enquiert des dégâts et fais les yeux ronds devant l’acier tordu.
Je n’ai pas d’explication mais dans ma malchance, j’ai la chance que l’acier ne
se soit pas tordu dans l’axe des rayons, ce qui aurait générer des dégâts
autrement plus importants.
En fin de journée, j’ai fini de descendre et
roule au niveau d‘un cours d‘eau d’un joli bleu clair.
Un enfant se met à rouler à ma hauteur mais je
suis un peu fatigué pour avoir le contact complètement sympathique. C’est la
fin de journée et je commence à réfléchir au bivouac du soir. Mais ici, les
moustiques sont omniprésents. Si je mets pied à terre, tout de suite, ils m’entourent
en moins d’une minute. Planter la tente ici aurait un désagrément majeur.
Il est tard, je suis fatigué et pourtant la présence
des moustiques va me faire avaler 700 mètres de dénivelés pour retrouver une
altitude désertée par ceux-ci. Il fait nuit, j’avais imaginé atteindre le
prochain village mais finalement, à la faveur d’une maison au bord de la route,
je vais tenter ma chance.
Je tombe sur un couple de personnes âgées, qui
n’ont aucune idée de qui je pourrais être, trop éloigné de leurs quotidien.
Pourtant ils m’offrent l’hospitalité d’une
parcelle de terrain pour planter ma tente. Je ne demande pas mon reste, plante
la tente, dine dans la foulée et m’endors fourbu.
Le lendemain, je fais plus amples connaissances
avec la famille, les enfants du couple de personnes âgées sont rentrés pendant
la nuit. Ils m’offrent une « mazamorra de trigo » et des « camotes ».
Je les remercie mais avoue avoir caché une moue dubitative devant la bouillie
de blé chaud offerte.
Ensuite, c’est l’histoire d’une longue montée…Je
me répète? Imaginez que c’est beaucoup plus difficile sur un vélo.
Le yoyo entre 2000 mètres et 4000 mètres
est devenu un quotidien et avec des
descentes rapides, on a souvent l’impression de ne faire que monter. En début de journée, je traverse deux villages
et des moyennes montagnes dense en population mais au fur et à mesure de la
montée, la présence humaine s’éclaircit.
Une nouvelle fois, le franchissement du col
provoque un déferlement d’énergies positives. La descente est chaotique de l’autre
côté du sommet. Je descends sur les freins. Je dépasse des villages en dehors
du temps. C’est la fin de journée, on rentre les troupeaux et je croisent de
nombreuses personnes ployées sous un volume impressionnant d’herbes enveloppées
dans du tissu.
Je m’arrête peu car j’ai la volonté de rallier la ville d’Andahuaylas ce soir. J’y ferai mon entrée dans la nuit.
Commentaires
Ouhao !!!!
Désolé , mais parfois on a pas envie que le récit s'arrête " Alors continue à nous régaler " Bon courage à toi
El padré
Ouhao !!!!
Désolé , mais parfois on a pas envie que le récit s'arrête " Alors continue à nous régaler " Bon courage à toi
El padré
Yo !
Une fois de plus, je viens de ma taper 3 mois de ton périple d'une seule traite et je n'ai pas vu le temps passé. Alors oui, continue à nous régaler !
Julien
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